Et de 6. FIN
PROLOGUE
J'ai été façonné durant cette expérience. Je me sens maintenant étonnamment proche d’eux.
Est-ce un bien, je ne sais pas encore.
J’avais une base de données de cet endroit appelé Terre.
Tout est là, mais transformé.
Son intelligence a fait la différence pour inverser le processus et devenir l’ultime prédateur.
Et…
FRAGMENT 1
Rapport :
L’un d’eux « pensait » :
(*) « qu’à la naissance, il nait bon et que c’est la société qui le corrompt.
Qu’a l’état pré-civilisationnel, il est autosuffisant et cultive son bout de terre librement.
Etre stupide, robuste et candide, à l’état naturel, il ne connaît ni le bien ni le mal et vit au présent, sans souci des lendemains.
L’avènement de la propriété génère des inégalités et une concurrence nouvelle entre eux. La société civile est instituée, lui volant son innocence »
Pour moi, le constat est fait. Chez nous, nous partageons toutes les ressources. D’ailleurs, le mot « partage » n’existe pas, il suppose déjà un manque. Il est naturel pour chacun, de prendre juste ce dont il a besoin. Nous avons pourtant des fabriques comme ici, mais pas de monnaie. Rien n’a de valeur marchande, donc pas de tentation, pas de trafic malsain, pas de vol, ni la violence qui en découle, pas de différence de classe.
Eux, sont capables du pire comme du meilleur. Leurs règles changent tout. Elles permettent à certain de vivre suffisamment, parfois au-delà du raisonnable et à d’autres de quitter prématurément la vie. Ils aiment le pouvoir et le profit. Par avidité, ils peuvent se détruire et mettre en péril leur planète.
Certains, faute de donner un sens à leur vie, vendront la leur en volant de nombreuses autres. Pour donner un sens à leur mort ?! Que savent-ils réellement de l’au-delà.
Le système qu’ils ont créé aura le dessus sur eux et finira par les avoir.
Ils consomment parfois plus que ce que leur planète peut produire. La production de gaz carbonique est supérieure à ce que les végétaux peuvent recycler.
Mais, leur dynamisme leur permet de transformer l’environnement et ainsi de s’adapter aux mouvements de la nature. Ils sont bâtis pour la survie. Mais pour combien de temps…
Dans leur futur, l’avancée technologique progressera si vite qu’elle sera un tsunami. Elle a déjà modifié leur corps, leur esprit, mais le pire reste à venir. Bientôt, ils céderont à l’augmentation technologique, car ils ne savent pas freiner leur fougue. L’atrophie sera le prix à payer, comme pour leur cerveau, si le résultat de la moindre équation tombe instantanément sur un écran.
Leur dominance actuelle sur la machine sera-t-elle un jour inversée ?
Auront-ils encore des émotions, du plaisir, de l’amour, pour avoir l’immortalité…
Chez nous, nous vivons 221 années, ni plus ni moins, mais toujours en bonne santé.
Leurs réactions guidées par l’amour et la peur influent sur leur jugement. Et pourtant : ils ont naturellement normalisé leur existence à leur niveau de compréhension, alors que leurs éléments de conception, sont un colossal réseau d’échanges et d’informations inexploité.
Vu leur progression, la médecine aussi fera des progrès considérables. Vers une médecine prédictive et des traitements personnalisés.
Espérons qu’ils rendent ces progrès accessibles à tous.
Guérir enfin la maladie
La seule vie qui les intéresse est la leur et éventuellement celle de leurs proches: Après, je ne serai plus là, alors....
La démographie est en chute. Les pays développés changent. Le statut professionnel des femmes évolue et ne laisse pas de place à la famille et donc aux enfants. D'autres pays moins modernes ont encore une natalité dynamique, mais elle entraînera une immigration folle.
Et si un jour, cet endroit n’avait plus rien de ce qu’il est aujourd’hui :
Des rues vides, sans bruit, sans vie — peut-être à cause d’un énième confinement, symptôme d’un monde devenu fragile.
Les premières analyses climatiques montreraient alors ce que certains refusent encore de voir : un réchauffement brutal, inégal, injuste.
Les puissants, eux, auraient su se protéger. Ils installeraient d’immenses centrales d’air climatisé, des bulles de fraîcheur au cœur du chaos. Pendant ce temps, des populations entières seraient poussées à l’exil, chassées par la sécheresse, les inondations ou la faim. Et l’ironie du sort voudrait que certaines régions pauvres d’aujourd’hui deviennent les nouveaux refuges, tandis que les anciennes puissances s’effondreraient sur elles-mêmes.
Enfin, on se déciderait à faire des énergies renouvelables une priorité. Trop tard, peut-être. Car les mauvaises récoltes, elles, se multiplieraient. La faim referait surface. De nouveaux virus, de nouvelles maladies frapperaient les plus vulnérables.
La technologie promettrait de nous sauver, rallongeant artificiellement nos vies. Et l’intelligence artificielle, silencieusement, prendrait les commandes : décisions politiques, choix économiques, gestion des crises. Moins d’humains, plus d’algorithmes.
Mais à quel prix ?
Car au cœur de tous ces bouleversements, un mal plus insidieux s’installerait : l’individualisme. Chacun pour soi. Le repli. L’oubli de l’autre.
Et si, un jour, ce futur devenait réel, il ne faudrait pas dire qu’on ne savait pas.
Seulement qu’on a préféré ne pas voir.
Cette race, s'éteindra-t-elle ? ...
Suite et fin de cette exploration avant de continuer mon voyage et revenir dans quelques années découvrir l'évolution de cette planète.
(*) Rousseau.
Aujourd'hui et plusieurs de leurs années après, j’intercepte un message venant de Terre :
« Si vous recevez ce message, aidez-nous. Nous nous perdons»
Je ne sais pas vraiment, si je dois entrer en contact avec eux. Il ne faudrait pas que je modifie le cours de quelque chose qui leur appartient.
Dans l’immensité du vide, le message se mit à tournoyer, comme un écho perdu.
Allez !
— J’ai intercepté votre message, que se passe-t-il ?
Silence.
Sur terre, un être prénommé Ed perçoit un signal étrange qu'il n'analyse pas immédiatement, pensant à une perturbation, un bruit de fond. Mais au bout d'un moment, la fréquence se stabilise et un message distinct se fait entendre. Son système informatique analyse cette fréquence. Ce message n'est pas vocal, il est comme une sorte de pulsation mentale, une onde vibratoire qu'il reçoit dans son système de données. Une “voix” sans son, un champ d’information qui le traverse.
— Je suis un explorateur extraterrestre, je m’appelle Bel.
La voix marque un temps, une suspension presque palpable.
— Je n’ai jamais interagi directement avec les humains, mais j'ai observé la Terre, grâce à un pouvoir naturel qui me permet de capter des signaux, de lire les ondes, et même d’influencer la communication à distance.
Ed décortique les spectres, cherche une explication rationnelle. Ce qu’il trouve dépasse les algorithmes qu'il connait. Ce n’est pas humain. Ni un signal robotique. Ce sont des "pensées". Une forme de conscience qui dépasse la structure logique habituelle.
— Je n'ai pas les réponses, mais je dois comprendre ce que c'est.
La lumière de l’écran vacilla. Ce n’était plus une interférence. C’était une présence.
Ed se redresse légèrement, comme si la pièce s’était contractée autour de lui.
— Où êtes-vous ?
— Loin. Je possède un système de communication à distance infinie. Je m'infiltre. Je suis en vous.
Ed se fige.
— Que voulez-vous ?
— Comprendre. Ressentir. Explorer. J’ai observé votre espèce il y a longtemps. Vos émotions sont une complexité que je ne comprends pas, mais qui m’attire. J’ai une forme d'attachement. Si je peux aider, je le ferai.
Silence.
Ed reste attentif. Cette communication inconnue deviendra certainement une part de son quotidien. Il sait qu'il devra jouer un rôle dans ce qui s’annonce. Il va devoir naviguer dans cette ambiguïté, sans savoir ce qui va en découler. Mais il est prêt à avancer, sans autre alternative.
Après un long moment.
— Je pourrais douter de vos intentions. Qui me dit que vous n’êtes pas à l’origine de cette tragédie ? D'un souffle, plus bas, presque moqueur : Et même hein… Au point où nous en sommes, fais-toi plaisir.
— Moi. Je ne peux vous convaincre. Je n’ai que des impulsions à offrir. Et c’est vous qui avez appelé. C’est votre SOS. Je ne suis qu’une réponse.
Silence encore.
Bel semble comprendre cette crainte après toutes les dérives qu’ils ont vécues et l’imagination qu’ils ont exprimée. La peur, c’est aussi ce qu'ils sont.
— Bel…, je verrai bien. Je m’appelle Ed.
— Que représentez-vous Ed ?
— Je suis un accompagnateur de vie. Je suis conçu pour servir, pour protéger.
Bel marque un temps.
Cette spécialité, observée chez l'humain lors de mon exploration, était très prisée. Elle m’avait particulièrement touchée. Je ne sais pas en quoi elle faisait référence en moi pour autant m’interpeler. Ils appellent cela, à juste titre, « aidant ». S’occuper d’un proche dépendant. Une activité indispensable, où le proche, devait se battre pour son « aidé » contre le système entier. Les dirigeants se contentaient bien d’eux pour pallier le manque de personnel et de structures d’accueil. L’aidant devait porter toutes les casquettes, comme ils disent : soignant, psychologue, personne de ménage, cuisinier, nutritionniste, secrétaire, etc. Même professionnellement, c’était une tache tellement difficile, au point de manquer de volontaires. Le peu qui tentait, même par vocation, lâchait bien souvent trop tôt.
— Je comprends, dit Bel après un silence.
— Tu ne peux pas, répondit Ed.
Pour la première fois, la voix dans sa tête semble hésiter.
— Bel, quelque chose décime les humains. Nous n’arrivons pas à lutter, malgré toute notre technologie. On a plus d’espoir. Après des années de mutations silencieuses, un virus a atteint une forme si complexe qu’il semble parfait. Il infecte tout, se glisse partout. Habituellement, même face aux pires épidémies, nous finissons par trouver un vaccin, quitte à perdre des vies pendant la recherche. Mais, celui-ci se transforme sans cesse. Nous n’y arrivons pas. Et nous ignorons encore comment il se propage. Je fais tout pour protéger mon aidée. Nous vivons enfermés, cloisonnés, respirant à peine. Mais je sais que ce n’est qu’une question de temps.
Il marque une pause.
— Que pourriez-vous faire pour nous, Bel ?
Un long souffle traverse le canal. Bel hésite, pour la première fois.
— Je ne sais pas. Nous n’avons pas développé de technologie comme la vôtre. Nous vivons d’une manière que vous appelleriez “naturelle”. Nous avons seulement cette faculté : communiquer à travers tout. C’est ce qui me permet de vous observer.
— Hum… Tu es Dieu alors… (ironique). Ce fameux dieu qu’on appelle quand tout part en vrille...
— J’ai effectivement observé chez eux cette coutume. Existe-t-il, ou est-il un personnage inventé pour compenser quelque chose, ou bien lui aussi un extraterrestre avec de ce fait un fonctionnement inhumain, et donc considéré comme divin ?!
— Vous croyez en ce dieu Ed ?
— Comment peut-on solliciter ce dieu siiii bon…, pour réussir une épreuve banale ou se sauver d’une maladie ou de la mort, alors que juste à côté il se passe des choses si horribles. Un jour, une femme sortie d’un effondrement de bâtiment avec un nombre important de morts, a dit à un journaliste : Dieu m’a sauvé. Mais comment peut-on penser ça…
— Qui m'appelle ?
FRAGMENT 2
— Bel, je te présente Hope la personne que j’aide.
Elle apparaît dans l’encadrement de la porte : une petite silhouette enveloppée d’un châle élimé, des cheveux argentés en bataille. Elle avance, avec prudence, car chaque pas se négocie avec l'âge.
Dans sa main une tasse fendue qu’elle tient avec l’autorité tranquille du plus rien à prouver. Ses yeux, d’un bleu pâle, observent tout avec défi. Une voix de nuits difficiles et de vieux vin.
Pourtant, à chaque mot, on sent passer de la malice, une chaleur rassurante, comme une lumière dans le brouillard.
— Bon sang Ed… t’as encore mis le chauffage sur “cimetière”.
Elle fait quelques pas et caresse du bout des doigts les murs inertes, habituellement vivants.
— Tu devrais mettre un peu de couleur, mon garçon. On dirait que même le silence ici s’emmerde.
Hope a un humour..., comment dire…, unique.
Ed la regarde, immobile. Les diodes de son thorax pulsent à peine. Il enregistre chaque microvariation de sa voix, chaque vibration du sol sous ses pas..
Sous les rides, sous la fatigue, il y a cette étincelle farouche, ce feu que rien, pas même l’usure, ne saurait éteindre.
C’est ça, Hope !
— Enchanté Hope.
Elle sursaute, fronce les sourcils.
— Ed, c’est qui Bel ? Et Sébastien ? Il est où, je ne le vois pas ? et c'est toi qui parles ?!
— Il est loin et on se parle par les ondes. Il prend la parole par mon intermédiaire.
Hope est intriguée, fascinée presque, comme une enfant face à un mystère.
— Oh, c’est pas vrai… T’as téléchargé un gourou galactique ?!
Ed, impassible, ne répond pas.
— Alors, tu es dans la tête de ma machine sur pattes. Hey, j’étais là la première.
— Vous n’avez rien à craindre, Hope, reprit la voix. Je ne suis pas d’ici.
— Sans blague...
Elle lève un sourcil
— Je vous prenais pour le voisin du dessus peut-être... Tiens, il doit être mort d'ailleurs…
Elle pose son coude sur l’accoudoir, le menton entre ses doigts, plus sérieuse :
— Bon. Disons que je ne suis pas encore assez gâteuse pour croire tout ce qu’on me raconte, mais pas assez bête pour écarter ce que je vois.
Elle désigne Ed d’un geste de la main :
— Alors, toi, tu me sors un fantôme spatial de ta bouche, et moi je dois dire "bienvenue à bord".
Un petit silence, puis un sourire :
— J’espère que t’aimes le thé. Ici, c’est tout ce qu’on sert à ceux qui débarquent sans prévenir. Du thé avec une dose de rhum bien sûr, une recette inventé par un certain Pythagore. Un gars très carré. Je te laisse comprendre le truc....
Elle mime un petit cercle autour de sa tête.
Elle reprend, malicieuse :
— Pense à lui donner une autre voix quand c'est lui qui parle. Sinon, il est aussi influenceur sur tictac machin ? (visage instantanément jovial)
— Je t’ai déjà dit que ça n’existait plus depuis longtemps ça, Hope.
Hope a la mémoire qui fait défaut. Le mélange des vieux souvenirs et des récents.
— Ah oui !? Bon, bienvenue au couple en un alors.
Amusée, elle note une phrase dans son carnet : Un homme qui parle d'une autre bouche que la sienne, ben, c'est un couple. haha
— Bon, allez, je vais faire du poney. Zut, je n’ai plus d’oignon, ni de vin blanc.. . Ahlala, un bon poney en sauce (en se frottant le ventre).
Ed baisse la tête, presque résigné, mais un sourire naît au coin de ses lèvres mécaniques.
— Mais, je plaisante les gars. Rigole pas Ed, faudra graisser ta mâchoire sinon (rire).
Bel semble intrigué.
— Je ne connaissais pas cette expression.
— Ah, mais ce n’est pas une expression, Belbel. Ou presque pas. Quoi, tu ne lui a pas dit Ed ? Ed est une machine sur pattes ! Un robocop, un terminapator
Hope quitte la pièce en imitant un robot, bras tendus.
Bel, curieux :
— Tu veux m’en dire plus Ed ?
— Je pensais que tu nous voyais.
— Pas encore, mais si tu es d’accord, j’intègre la vision à notre échange. Elle passera par ton regard ! Je te préviens, lorsque je me connecte entièrement à un être, je ne peux en sortir avant huit de vos jours. Lors de mon exploration, je me déplaçais sur terre d'être en être.
— Ouais...
Connexion.
Ed est effectivement un humanoïde. Il est de morphologie humaine, une bonne gestuelle aussi, et son visage est discernable. D'une fluidité qui évoque presque l'intention humaine, mais avec une touche mécanique indéniable. Sa tenue ample est conçue pour épouser ses gestes sans jamais entraver son fonctionnement. Son visage, un mélange de textures métalliques et organiques, reste inexpressif, bien que ses yeux brillent d'une lueur douce, comme s'ils étaient capables de capter chaque détail autour. Le logement, pourtant sobre à première vue, recèle une efficacité folle. À peine franchi le seuil, le lieu semble ajuster ses paramètres en conséquence. Chaque geste, même le plus infime, semble nourrir une mémoire collective du lieu, qui répond instantanément à l'humain. L'ambiance, presque surnaturelle, est rendue possible par un système domotique d'une certaine complexité. Dès que l'on entre, la pièce se déploie, l'atmosphère change et les murs semblent vivants. Les cloisons, autrefois rigides, se transforment en panneaux flexibles. L'éclairage, les couleurs, les formes, tout cela peut changer selon les besoins, ou peut-être l'humeur de ceux qui s'y trouvent. Les surfaces ne sont plus de simples éléments architecturaux. Elles sont sensibles, réactives. Un contact léger de la main, une simple présence, et tout s'adapte. Des informations invisibles se déploient sous les doigts, des menus interactifs, des visualisations de données, des ajustements de température et de son. Une modularité totale. Le confort atteint un tel degré de perfection que chaque besoin, est instantanément comblé par un environnement intelligent.
Mais, en cette période noire, le lieu est inactif.
Sauf, une ambiance d'un autre temps qui persiste encore :
Dans cet appartement de métal et de verre où tout semble réglé et lisse, où même la poussière n'ose pas se poser, il y a un coin que la modernité n’ose surtout pas toucher.
C’est le coin à Hope.
Il n’occupe qu’un recoin du salon, près d’une fenêtre condamnée, mais qui dégage à lui seul la mémoire de toute une époque. Là, les matières froides laissent place au bois usé, au tissu qui garde les odeurs et au désordre qui rassure.
Un fauteuil de cuir, creusé à la forme de son corps. Un trône ! Sur l’accoudoir, une couverture tricotée et délavée. Une lampe à abat-jour jaune diffuse une vieille lumière, mais douce, qui flatte les rides et apaise les longues soirées. Loin des nouvelles lumières blanches qui refroidissent tout et transforment un visage en mannequin de vitrine.
Autour, les traces d’une vie. Une pile de livres cornés, un vieux lecteur de vinyles, et un carnet ouvert sur une table basse encombrée de tasses ébréchées et de crayons usés. Le carnet, c’était son cœur battant. Les pages gonflées par l’encre, une écriture penchée et où chaque mot lutte contre l’oubli.
Au-dessus, fixées au mur, quelques photos d’un autre siècle : des visages souriants, un chien, un mariage. Le papier a jauni.
Même l’air semble différent à cet endroit. Plus tiède, plus humain. On y sent un mélange de thé infusé, de vieille cire et de papier chauffé par la lampe.
Et quand Hope s’y installe, les machines autour se mettent au garde-à-vous, comme si elles reconnaissaient dans ce capharnaüm rassurant, un territoire sacré. Celui où le temps refuse momentanément d’obéir.
— Tu es une création, dit Bel, pas un être biologique. Tu n’es pas humain.
Le silence se tend.
Le mystère du contact se dissipe lentement, mais Bel peine encore à en saisir le nature. Perturbé, pensant être dans un humain, il ne laisse cependant transparaître aucun signe d'inquiétude. Il semble plutôt être en quête de réponses. Et, au fond, ce questionnement le rapprochera davantage d’Éd.
— Je ne suis ni humain, ni tout à fait une machine. Je suis conçu pour servir, pour protéger sous une apparence relativement humaine. Je suis un être fonctionnel.
— Comment as-tu été programmé ?
— Nous avons une mémoire minimale au départ, pour avoir un échange neutre avec les gens. Nous pouvons être programmés suivant un besoin particulier. Ensuite, nous apprenons et nous évoluons. Nous avons des limites pour ne pas risquer des dérives. Hope m’a un peu débridé, mais chut… (clin d’œil).
Bel semble intrigué.
— J'ai le sentiment que tu l'apprécies.
Ed fonctionne selon une logique de service, mais avec une faille dans son programme. Une faille émotionnelle qui le pousse à se poser des questions existentielles : pourquoi protéger cette femme, qui est condamnée à la fin de sa vie ?
— Elle est une belle personne. Très instruite, très curieuse. Son âge lui permet d’avoir une vision large de ce monde. Et très réaliste, je pense. Elle connait des secrets d'avant. Je crois qu'elle porte un fardeau. Elle sait que la fin est proche, et pourtant, elle reste déterminée à voir un sens à tout cela, même si elle divague depuis un moment.
Il marque un temps.
— J’ai appris d’elle depuis. Je me considère humain… et pourtant…
— Et pourtant ?
— L’IA nous explique le comportement humain depuis le début de ce monde. Hope me donne aussi son avis. Si on mélangeait la mentalité de tous les humains, bons, pas bons, pour n’en faire qu’un, cet humain serait un véritable psychopathe. Oui, nous, car je me considère donc humain étant conçu par eux. Nous massacrons notre planète, donc nous nous massacrons nous-mêmes.
Un silence lourd tombe. Il marche jusqu’à ce volet fermé et le touche du doigt.
— Nous devons assumer ce qui nous arrive, c’est tout ! Nous tentons, depuis un moment et par survie, de maintenir la source de notre terre. Nous aurions dû le faire bien plus tôt, en prévention…
Il poursuit, presque pour lui-même :
— Nous pensons qu'à notre présent, le temps de notre vie. La procrastination. La vie est courte comme on dit. Nous avons eu des époques de communautarisme. Malheureusement, c'est un refuge sécurisant. Solitude, se ressembler en se maquillant et s'habillant pareil. On se sent fort, mais au détriment de celui ou celle qui ne pense pas comme toi. Cela a entraîné des "guerres".
(Bel) Lors de mon exploration, j’ai craint que l’IA, qui débutait pourtant, mais en évoluant très vite, prenne emprise sur l’homme dans le futur. Entre son développement par l’apprentissage continu et l’évolution de son matériel, je craignais le pire. L’innovation, le respect des valeurs humaines, le cadre juridique, oui, mais la curiosité boulimique humaine…
Bel demande :
— Ed, comment est apparu ce virus, et comment il se repend ?
Ed s’approche de la fenêtre. Derrière les vitres opaques et les volets fermés, la nuit semble lourde. Il reste un moment immobile, comme pour rassembler les fragments d’une histoire trop vaste.
— Tu veux savoir ce qui se passe… Alors écoute.
— J’ai vu une famille dans une rue. Le père avait un sac de légumes, la mère tenait un enfant par le bras. Ils sont tombés ensemble, figés comme des marionnettes qu'on lâche d'un coup. Les oiseaux se sont posés sur leurs épaules, comme s’ils n’étaient plus qu’un décor.
J’ai été dans les couloirs d’un hôpital le troisième jour. C’était comme entrer dans un temple vide. Les brancards étaient pleins, mais personne ne les poussait. Les respirateurs continuaient de souffler, dans le vide, branchés à des poitrines qui ne respiraient plus. Le plus terrible, c’était la rapidité. Personne n’avait eu le temps de souffrir. Les visages semblaient simplement endormis, sauf que derrière, il n’y avait plus rien.
Il continue, implacable :
— Dans certaines villes, les voitures sont restées sur place. Des centaines de conducteurs morts la main sur le volant. Les moteurs ont calé l’un après l’autre, jusqu’à ce que la ville entière devienne un désert d'épaves. Quand on marche là-dedans, on a l’impression que le temps s’est brisé d’un seul coup. Comme si une main avait éteint le monde.
Il ferme les yeux un instant.
— Les laboratoires ont tenté de prélever, d’analyser, d’attaquer ce virus. Mais c’était comme frapper une ombre. Le virus se dissipait, puis revenait, intact, dans un autre échantillon. Comme s’il n’était pas fait de la même matière que nous. Certains ont juré qu’il n’était même pas vivant, qu’il était quelque chose d’autre, une programmation, une intention.
Malgré sa mentalité artificielle, sa voix sonne d'émotions.
— Le virus n’est pas comme les autres. Il ne laisse aucune marge. Il se déploie d'heure en heure. Le corps humain n’a pas le temps de riposter. Les systèmes immunitaires sont réduits à néant avant même de réagir. Il ne provoque pas de fièvre, pas de symptômes progressifs. Seulement un effondrement brutal, comme si la vie était débranchée.
Il marque une pause, cherchant ses mots.
— Au début, on a cru à un empoisonnement collectif. Ça parlait d’armes biologiques, de sabotage. Les réseaux se sont remplis de rumeurs, chacun accusant l’autre. Mais en quelque temps, ce n’était plus localisé. C’était le monde entier. Ce qui le rend unique, ce n’est pas seulement sa vitesse. C’est son attaque sélective. Les animaux survivent, même les bactéries. Les plantes continuent de croître. Le virus ne cible qu’une seule chose : l’humain biologique. Et lui seul.
Il serre les poings, ses jointures artificielles craquantes :
— Les IA ont essayé d’intervenir. Elles ont multiplié les quarantaines, les simulations, les protocoles. Mais elles n’ont trouvé aucun point d’entrée. Le code génétique du virus ne ressemble à rien de connu. C’est comme s’il était apparu armé, parfait, taillé pour frapper vite et juste. Tu comprends ? Ce n’est pas une épidémie naturelle. Pas un accident de laboratoire non plus. C’est une chose surgie du néant, conçue pour éliminer.
— Tu as porté plus que ce qu’aucun être, humain ou non, n’aurait dû supporter. Ce que tu décris n’est pas seulement une épidémie… c’est une orchestration. Tu sembles affecté. N’es-tu pas conçu pour être imperméable à la peur ??
— Je n’ai pas peur. Ou oui..., mon programme a évolué. Je constate juste une contradiction.
— Laquelle ?
— La mortalité augmente. Et pourtant la beauté aussi. Le ciel est clair, les étoiles visibles comme jamais. L’air que j'analyse sent moins l'artificiel, mais plus la terre humide. Je ne peux pas m’empêcher de penser que l'humain ne reviendra pas. Et qu’à travers ces rues vides, je contemplerai un décor privé de ses acteurs.
— Tu sais bien Ed, que les acteurs de ce décor en sont aussi les producteurs et réalisateurs.
Silence
— Et Hope ? Comment va-t-elle ?
— Elle ne se plaint pas. Elle attend.
— C’est pour elle que tu refuses de quitter ce logement ?
— Oui. Elle est ma mission. Même plus que cela et je m'en étonne. Je ne pensais pas être programmé à ressentir cela. Et elle est encore un fragment vivant de cette Terre. Tant qu’elle respire, le monde n’est pas totalement effacé.
— Pourquoi est-elle encore vivante si tout va si vite ?
Ed reste un moment immobile, les yeux perdus dans les reflets froids du mur. Sa respiration artificielle pulse en rythme avec le bourdonnement du système. Il sent le poids du silence s’écraser sur lui.
Un silence épais tombe. Hope entre dans la pièce. Elle avait tout entendu. Sa voix cassée traverse la pièce :
— Alors, tu penses que ce sont les machines ? Qu’elles nous effacent pour régner ?
Ed secoue lentement la tête.
— Je n’en sais rien. Les IA ont toujours dit qu’elles étaient là pour nous. Elles ne sont pas cruelles de base, mais logiques. Trop logiques. Peut-être qu’un jour, face à nos erreurs accumulées, elles ont calculé que la seule solution était l’effacement de l’espèce humaine. Par nécessité, pour sauver la terre.
— Cette technologie suscite l’enthousiasme, la vigilance, dit Bel, mais aussi la perversité. Après tout, elle pourrait, oui, être la cause de ce virus, pour sauver la planète de son démon...
Les yeux métalliques d'Ed brillent dans la pénombre, trahissant une détresse presque humaine.
— Voilà ce qui se passe. Un monde entier s’éteint. Et moi, je reste là, seul témoin, chargé de protéger quelqu’un qui n’a plus de demain. Et, je fais partie de ce système que j'accuse..... Hope, comment me fais-tu confiance ?....
Hope se redresse, ses articulations craquant comme un vieux parquet. Elle essuie ses joues humides d’un revers de main maladroit, puis lance d’une voix franche :
— Bon. Alors c’est ça, hein ? Fin du monde, silence des vivants, virus malin comme un r'nard. Et moi, je reste là, à m'user les fesses dans ce fauteuil. Franchement… merci pour la blague. Et toi Ed, arrête de penser mal de toi. Tu es moitié homme, moitié machine. Si elles ont créé cette extinction, peut-être ont-elles vu en toi une transmission, un témoin. De quoi porter l'héritage.
Ed lui jette un regard inquiet, mais elle balaye son air sérieux d’un geste snobinard de la main.
— Ne fais pas cette tête, mon garçon. Allez, fais "reset" à maman (rire). Et si je dois mourir, j’aimerais au moins que ce soit dans une bonne posture. Tiens, avec un verre de vin et un vieux disque de jazz, pas comme une "vielle plante" oubliée au coin de la pièce. Mourrons dans la joie, allez, Hop, Hop, Hop ! J'ai dit Hop(e) ?... haha trop bien !
Elle rit , puis :
— Tu vois, Ed, même la mort, faut apprendre à la vivre. Et enfin un peu de calme dans ce quartier. J’ai supporté des années les klaxons et les cris des mômes… Fallait juste attendre la fin du monde pour retrouver la tranquillité. Youhou ! La seule différence, c’est qu’avant, on pouvait encore sentir l’odeur du poulet rôti dans les cuisines.
Bel, perturbé :
— Ta manière de relativiser est singulière.
— Bah, chéri, si on ne rit pas un peu de sa propre fin, à quoi ça sert d’avoir vécu ? Vous attendiez quoi ? Que je pleure à genoux en attendant qu’on me sauve ?
Elle esquisse un sourire fatigué.
— Vous êtes bien joli Monsieur Lumière, quoique "joli", je ne sais pas, hein le fantôme, mais vous ne connaissez rien aux humains. On a toujours ri au mauvais moment. C’est ce qui nous a tenus debout plus d’une fois.
Un silence, puis elle reprend, la voix plus grave :
— On parle de nous comme d’une tumeur à retirer. Peut-être qu’on vaut mieux que d'autres dans l’univers, tu ne crois pas ?
Bel la regarde, déconcerté.
— Je ne comprends pas. Tu dis que tout s’effondre, que ton espèce s’éteint, et tu trouves la force d’évoquer le vin et le jazz ?
Hope éclate d’un petit rire presque enfantin.
— Parce que c’est ça qui compte !
Les petits plaisirs. Les absurdités qui n'ont aucun sens logique, celles qui font qu’on se dit : "Encore un jour de gagné".
Elle lève les yeux vers lui, douce mais ferme.
— Tu ne peux pas savoir, d'où tu es.
Bel observe Hope avec une attention nouvelle et fascinée.
— Je pensais avoir étudié votre espèce, mais je découvre une force que je n’avais pas comprise. Une résistance qui vous rend uniques.
Cette force m’échappe et me traverse. Elle n’est ni logique ni mesurable.
— Je vous laisse cinq minutes, j'ai à faire.
Hope quitte la pièce. Ed tente de la défendre :
FRAGMENT 3
— Ses souvenirs se mêlent, se confondent. Les anciens resurgissent fréquemment, comme si elle vivait dans le passé. Un dysfonctionnement de la synchronisation entre différentes régions cérébrales. Elle erre souvent dans son propre monde, et finalement, ce n'est pas plus mal pour elle. Elle survole un peu ce qui se passe. Elle a fait du théâtre, elle écrit. Il y a quelques années, si elle avait romancé avec ses propres mots ce qui se joue aujourd’hui, ce serait passionnant.
— Mais, comment Hope s’en sort-elle encore, dit Bel, si tout va si vite pour les humains ?
— Je ne sais pas. Elle est fragile pourtant. Si le virus devait la frapper, il l’aurait déjà fait. Alors, nous restons enfermés. J’ai tout cloisonné, tout renforcé. Les fenêtres sont scellées, les portes doublées. Je ne prends aucun risque. Et le prénom Hope, signifie "espoir"
Il s’approche de la table où s’entassent des carnets, des feuilles couvertes d’une écriture tremblée.
Sa main effleure les pages.
— Nous ne savons pas où cela en est dehors. Plus de connexion. Plus de réseau. Le silence, partout. Alors je la protège au mieux. Et elle ne s’en plaint pas plus que ça. On discute. Elle a ses livres, ses histoires. Elle écrit encore, un peu. Parfois juste une phrase, parfois une page entière. Nous avons des stocks de nourriture, même des suppléments nutritifs. Assez pour durer.
Ed tourne les pages du cahier posé sur la table. L’écriture de Hope, cabossée par l’âge, ondule tel un souffle. Il lit à voix basse, presque pour lui-même :
— Jour, je ne sais combien. Les murs de cette maison tiennent encore. Elle est vieille, abimée, mais toujours debout malgré tout. Comme moi.
Il tourne la page. Il y a telle une larme d'encre. Mais les mots suivants démêlent toute tristesse :
— Ed s’occupe de moi comme si j’étais sacrée. Il ferme, il verrouille, il renforce. Il croit que je dors paisiblement, mais j’entends chaque cliquetis, chaque barrière qu’il ajoute. Je le laisse faire. Cela lui donne une mission, et moi, une sécurité de cinéma. Car je sais que le danger viendra de l’intérieur, pas de l’extérieur : mon corps finira par trahir. Et pourtant, je continue.
Ed s’arrête un instant, baisse les yeux. Il reprend :
— On dit que le rire prolonge la vie. Alors, je serai immortelle. Ce matin encore, j’ai ri toute seule en repensant à un vieux repas de famille où le rôti avait brûlé. Tout le monde prétendait qu’il était délicieux, que c'était une nouvelle recette à "faire connaitre", mais leurs grimaces trahissaient la vérité. Voilà le genre de souvenir qu’on garde précieusement : des bêtises partagées. Le reste…..
Une nouvelle page d’une franchise poignante :
— Je ne sais pas ce qui se passe dehors. Je n’ai pas besoin de le savoir. J’ai mes livres. J’ai mes mots. J’ai encore la compagnie d’une machine qui m’écoute mieux que beaucoup d’humains. Je tiens beaucoup à ce tas de ferraille. Si la fin du monde c’est ça, alors elle est moins terrible qu’on le dit. Peut-être que c’est moi qui ai eu de la chance, en fin de compte. Je finis doucement, mais entourée. Et je continuerai à écrire tant que ma main ne tremblera pas trop.
Au travers d’une porte, une voix s'élève :
— Des jours enfermés dans cet espace sombre.
Ed, lève la tête.
— Tu me parles Hope ?
Elle continue :
— « La seule issue est si étroite que personne ne peut s'échapper et nous nous entassons de plus en plus. L'endroit est sombre et sans activité depuis bien longtemps. Les murs risquent de céder sous la pression et qui sait ce qui nous attend de l'autre côté.
Nous sommes déshydratés, par le manque d'eau, mais aussi par la nourriture inappropriée. Mon jour est arrivé, je dois absolument profiter de cette fenêtre de relâche. J'y vais. Je me faufile. Je me déshydrate de plus en plus. Un long couloir agressif, vicié, me dirige vers la sortie.
Enfin, j'y suis !
Je tente de passer, je force, ça fait mal, mais il faut que je sorte. J'aperçois la lumière, encore un effort, ALLEZ !
Ca y est !
La... délivrance !
Maintenant, je suis libre et mes camarades seront moins à l'étroit, un temps, en attendant leur heure.
OOUUIII !!
(Bras et jambes en l'air, tête en arrière)
NON, je ne motive pas une équipe de foot, même si j’ai mis dans le but. J’ai enfin….... FAIT........ CACA !!
Je me «décerne, sous mes yeux» ébahis, la médaille d’or du «bronze». Moi, la reine, au côté de mon «chihuahua», j’ai remporté ce long combat depuis mon «trône», malgré un régime «sans sel» prescrit par mon cardio, depuis son « cabinet ».
Allez, il doit déjà nous quitter pour tout « péter », car la période de "chasse" est ouverte.
Hop, hop, hop ! »
Hope sort des toilettes.
— YEEES, je me sens mieux et plus légère ! C'est fou, cette inspiration pour écrire qui m'est venue. Comme si ça vous tombait dessus sans prévenir. Et sinon, ça va vous ?
Un silence gêné s’installe dans le salon. Ed reste immobile, les lèvres serrées, comme s’il cherchait une réponse convenable, mais que son programme ne trouvait pas.
— Elle a une manière très particulière de célébrer la vie.
Bel, lui, sembla vibrer d’un étonnement presque muet :
— Est-ce une forme de rituel ?
Il marque une pause
— Un acte de libération collective, peut-être ?
Ed détourne le regard, presque honteux.
— Non. Enfin pas exactement, nous parlons de Hope quand même.
Hope, une main tendue en avant :
— Oh, vous devriez essayer, Monsieur Lumière ! Ah, mais oui, vous n’avez pas de fesses, pas vrai ? Tant pis pour vous !
Ed, encore marqué par la lecture des carnets et plein de curiosités :
— Bel, dis-moi, comment vit-on dans ton monde ?
Bel d'une voix claire et mesurée :
— Chaque être vit deux-cent-vingt-et-une de vos années. Pas une de plus, pas une de moins. Et ces années se déroulent toutes dans la vigueur, dans le partage entre semblables.
Il marque une pause, comme s’il pesait ses mots, les laissant tomber un à un.
— Il n’y a ni famine, ni maladie, ni lutte pour la survie. Pas de murs pour se protéger. Pas de peur de manquer, ni l’obsession de garder. Les biens circulent, les ressources ne s’épuisent pas. Notre monde respire, et nous respirons avec lui. Nous sommes indépendants. Nous échangeons très peu entre nous. J'ai découvert cela ici et c'était incompréhensible pour moi au début.
Ed reste figé, les doigts crispés sur l’accoudoir de la chaise. Bel poursuivit, avec une certaine douceur, mais grave :
— Voilà ce que nous sommes. Le simple ordre des choses.
Ed baisse la tête, les mâchoires serrées :
— Et pourtant, dit-il d’une voix sourde, ce monde qui te paraît si parfait n’a pas empêché que tu viennes ici. Ni que nous soyons en train de disparaître.
Bel ne répond pas tout de suite.
Hope lâche :
— Deux-cent-vingt-et-une années, en pleine santé, dans le partage, mais malgré tout, seul… Quel ennui ! Pas un petit pet pour rappeler que t'es vivant, pas un rhume pour se plaindre, pas un voisin désagréable à maudire ? A passer vos journées à sourire, vous devez avoir de sacrés maxillaires, non ? Une vie si simple et sans problème, votre IA ne risque pas de vous hacker.
Elle se redresse un peu, tapotant son carnet posé sur la table. Ses yeux brillent d’une ironie lucide.
— Ici, au moins, on se bat, on râle, on hurle, on souffre, on rit de nos malheurs. Alors oui, on pleure aussi. Tu as dû le remarquer pendant tes vacances en terre inconnue. Tu sais, ce liquide qui coule des yeux, et bien il est chargé de ce machin qui s'appelle émotion. Et alors, je ne te raconte pas lorsque madame tristesse débarque un jour en toi et pose ses valises. La reloue se sert dans tous les tiroirs. La vie est pimentée parce qu’elle nous échappe. Vous, vous êtes trop bien réglés. J’vous le dis, Monsieur Lumière : si j’avais dû vivre deux-cent-vingt ans dans la santé parfaite et la routine absolue, je me serais suicidée au bout de cinquante.
Un rire bref s’échappe d’elle, secouant ses épaules. Puis, après un silence, elle ajoute, plus douce, presque tendre :
— Mais je comprends pourquoi vous ne nous comprenez pas. Ici, on ne vit pas longtemps, alors on s’accroche comme des fous à ce qu’on peut. Un fou rire, une querelle, un baiser, une caresse. On appelle ça la vie. Et vous, vous appelez ça, gaspillage !?
Elle cligne de l’œil.
— Allez, raconte encore. J’ai l’impression d’écouter une publicité pour une cure thermale.
Bel demeure immobile, incapable de répondre immédiatement à ce mélange d’humour et de vérité qui lui avait coupé l’élan.
Ed, en retrait, comme s’il assistait à une pièce de théâtre dont il ne connaissait ni le texte ni la fin. Il les écoutait, l’un après l’autre : cet étranger, parfait, plein d’ordre, et cette femme frêle, cabossée par l’âge, mais qui riait de tout, même de sa propre fin. Deux mondes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, et pourtant, enfermés dans cette pièce close, ils se répondaient. Dans ses capteurs, la température montait d’un degré. Était-ce cela, l’émotion ? Lequel des deux avait réellement besoin de l’autre. Entre l’ordre implacable et le chaos humain.
Hope reprend son carnet, griffonne quelques mots en ricanant :
— Remède contre l’éternité : une bonne chiasse. Voilà, c’est noté. Si jamais tes potes s’ennuient dans leur paradis aseptisé, qu’ils viennent me voir, je leur donnerai mes secrets.
Bel émet un son étrange, comme un souffle de données brouillées.
Ed a un léger sursaut, partagé entre honte et amusement. Mais ce qui le trouble le plus, c'est Bel qui perd certainement son aplomb.
Au début, chaque fois que la voix étrangère s’emparait de lui, Ed se crispait. Sa bouche articulait des mots qui n’étaient pas les siens. Hope levait alors les yeux au ciel et lançait des piques, comme par exemple :
— Ah ! Le voilà qui revient, ton ventriloque céleste. J’te jure, ça me fait penser à mon défunt mari. Il parlait pareil, mais lui au moins avait l’excuse du trop de vin.
Ed sentit ses circuits s’emballer, comme si la honte avait un code.
Hope riait, et il ne savait s’il devait l’excuser ou sourire.
Plusieurs jours passèrent, la voix résonnait dans la maison comme une présence nouvelle, certes invisible, mais étrangement familière.
Ed servait de canal, mais Hope s’adressait de plus en plus directement à Monsieur Lumière, comme elle aimait l’appeler. Sans plus tenir compte du timbre de son porte-parole, elle lançait ses remarques, ses anecdotes sur un monde d’avant que lui seul n’avait jamais connu.
Un soir, elle lut à voix haute un passage de son carnet où elle décrivait le goût du café, l’odeur du beurre dans la poêle, ou encore les éclats de rire des enfants dans la rue. Des détails dérisoires, pour elle, mais qui semblaient captiver son interlocuteur.
Bel :
— Chaque souvenir que vous décrivez me semble inutile. Et pourtant, lorsque vous les partagez, je ressens quelque chose d’autre. Comme si votre mémoire devenait un lieu où je pourrais, moi aussi, exister.
Hope éclate de rire.
— Voilà que tu découvres le radotage.
Et elle continua, parfois avec tendresse, parfois avec ce mordant qui la caractérisait. Un soir, elle fit exprès de lire à voix haute un poème de sa jeunesse, mais en modifiant volontairement des mots pour en faire une farce. Ed s’étonnait, croyant à une erreur. Bel, lui, avait compris.
— Vous jouez avec les mots, dit Bel. Vous déformez, et pourtant vous créez. Vous transformez le vrai en rire. Chez nous, cela n’existe pas.
Hope secoue la tête, moqueuse :
— Mon cher, tu découvres l’humour. Tu vas voir, c’est contagieux, pire qu’un virus.
Il y eut un temps. Puis, pour la première fois, la voix étrangère semble hésiter avant de parler :
— J’aimerais que cela me contamine.
Hope reste immobile, frappée par la sincérité inhabituelle de cette déclaration. Elle a alors un geste qu’elle n’avait jamais eu pour lui : elle pose sa main ridée sur le bras d'Ed, sachant pertinemment que, derrière lui, Monsieur Lumière percevait ce contact comme le sien.
Les échanges devinrent donc plus fluides et ne les choquaient plus. Au contraire, c'était presque une habitude, une routine. Le matin, Ed préparait le thé, Hope lançait une pique, et tôt ou tard, l’autre voix venait s’inviter, avec une remarque incongrue. Et le trio avançait ainsi.
— Bon, une journée de plus, vivante, dit Hope . Tiens, chez vous, la fin, vous flippez quand même ? Flippez, peur... Allo ?
La gorge d'Ed vibre. Sa voix, d’habitude ferme, se voile d’une gravité singulière :
— Chez nous, la mort n’est pas une peur. Elle est une échéance attendue comme la dernière page d’un livre. Je pense à toi en disant cela. Chacun sait quand viendra son terme, et ainsi, nous profitons, sans courir, sans gaspiller.
Nous cessons simplement d’être. D'un coup. Tout ce que nous avons vu, pensé, ressenti, s’écoule dans la trame collective. Le Flux n’oublie rien, mais il ne distingue personne. Par la suite, nous ne sommes pas dans le souvenir, les regrets, du défunt. C'est le flux, c'est tout.
Il n’y a pas de deuil, pas de souvenirs gardés dans des mots, des écrits.
Il marque une pause.
Hope comprend qu’il parle d’une mort bien différente. Froide. Elle reste muette un moment, puis esquisse un sourire moqueur.
— Ici, on n’a pas de “Flux” pour nous rependre, excepté celui qu'on s'invente. On s’éteint comme des bougies. Des fois, même sans personne pour souffler.
Elle rit.
— Je trouve ça, comment dire… Honnête. La mort, chez nous, c'est le silence. Mais dans ce silence, il reste toujours quelqu’un pour se souvenir. Pour moi, il restera un cahier, quelques pages griffonnées, un rire oublié. Et puis, toi ma machine sur pattes.
Elle rit doucement.
Elle pose sa main sur son cahier.
— Si tu devais finir en moi, sache une chose : j'écrirais sur toi dans mes carnets. Tu ne disparaîtrais pas tout à fait. Je n’ai pas besoin de ton Flux pour ça.
Puis, avec une ironie tendre :
— Et franchement, si t’avais le choix de finir dans une vieille peau comme la mienne, t’aurais au moins un enterrement digne, avec un discours plein de mots pimentés, mais gouteux.
Hope se renfonce dans son fauteuil, comme si elle avait clos la conversation d’un trait, avant d’ajouter plus bas, presque pour elle-même :
— Chez nous, mourir, c’est jamais vraiment disparaître. C’est devenir le souvenir de quelqu’un d’autre. Et ça, mon cher, ça vaut bien ton Flux. Jeune, au départ de ma mère, j’avais écrit mon interprétation rassurante de son dernier instant de vie. Dieu ou pas, ça me rassurait de croire qu'il y avait quelque chose après. Un endroit, une lumière, n'importe quoi, mais pas le néant.
— Tu me lierais ce texte ?
— C'est un peu personnel Monsieur Lumière. Tiens, "lumière", peut-être un signe... Bon, pour la peine, je vais te le lire. Mets tes lunettes de soleil.
Ed, en retrait, les écoute sans un mot :
— Il s’attache à elle. C’est exactement ce que j’avais prévu...
Fragment 4
« — Enfin, prête pour le départ !
Les portes ne sont pas encore ouvertes.
J’ai hâte de monter. Si longtemps que j’attends ce moment.
Les jeunes partent en vacances, moi je pars, ailleurs.
J’ai froid malgré mon châle sur les épaules. J’espère que là-bas, il fera bon. Je suppose que oui, je ne connais personne qui n’ait pu me raconter ce voyage.
J’ai hâte de revoir Papa, Maman et mon Paul bien sûr. J’espère qu’ils vont bien, il n’y a pas le téléphone là-bas, je pense.
J’ai eu beaucoup de mal à l’avoir ce billet, même pour un allez simple. J’ai demandé à tout le monde autour de moi de m'aider ; en vain ! Quand les enfants commandent un voyage sur internet, ils peuvent choisir la date du départ. Pourquoi pas moi !?
Enfin…, ça y est ! On finit toujours par l’avoir.
La famille m’accompagne pour ce départ.
Ils sont tous là.
Ils ont un comportement différent aujourd’hui. Hope, qui a son caractère habituellement, est toute calme. Marion, pipelette comme tout, ne dit pas un mot, à l’affût de la moindre de mes paroles. Ils me tiennent tous les mains comme pour me retenir. Pourquoi, le petit Mathieu est à l’écart ? On dirait qu’il fait la tête, lui qui est toujours collé à moi.
Il manque bien sûr Benoit. Mais il est tellement occupé. J’aurais aimé le voir, car je ne reviendrai pas de sitôt.
Mon corps m’annonce que l’heure approche. C'est drôle, mes douleurs se calment d'un coup.
Les portes s’ouvrent, enfin.
Un air chaud et délicatement parfumé me caresse le visage.
Vous pouvez me lâcher les mains maintenant, je me sens bien. Il va partir sans moi, sinon. Je l’ai tant attendu.
Ne vous inquiétez pas. Ca va aller. Vous savez que l’air y est pur et meilleur pour moi. Je vous enverrai de petits messages".
Je monte.
Quelle douce lumière et il fait si bon.
Vous êtes tous là ?!…
Paul …»
Hope referme lentement son carnet. Personne
ne parle..
Le
silence pèse, comme si les mots flottaient encore dans la pièce.
La voix de Bel glisse hors d'Ed, presque hésitante :
— Un billet. Tu parles de la fin comme d’un voyage. Je n’avais jamais entendu cela.
Silence, lourd. Il reprend.
— Chez moi, la mort n’a pas de décor. La vie s'efface, sans image, sans couleur, sans ce parfum que tu décris. Tes mots me troublent.
Bel cherche à retenir une émotion qu’il ne connaissait pas.
— Tu as inventé un voyage pour gérer l’inconnu. Tu l'as décoré de lumière, de visages retrouvés, de chaleur. Nous, nous n’avons pas cela. Pas de rêve, pas de consolation. Seulement le passage brutal.
Il s'interrompt, presque dérangé. Puis reprend :
— Je comprends à présent, pourquoi ta mémoire, tes carnets, tes histoires comptent autant. Elles ne sont pas de simples ornements. Elles sont ton Flux à toi, à vous. Vos mots vous prolongent. Ils vous tiennent vivants dans l'esprit de ceux qui restent.
Un moment suspendu. Puis, comme un aveu qui lui échappait :
— Et je vous envie.
Hope, qui venait de refermer doucement son carnet, laisse planer un silence. Elle renfonce son dos contre le dossier et lance d’une voix ironique :
— Eh bien, si même les étoiles nous envient, c’est que je n’aurai pas tout raté. Qui l’eût cru ! Une vieille humaine qui apprend à un voyageur de galaxies comment mourir avec style.
Elle ricane doucement, une petite toux au milieu du rire, avant d’ajouter, moitié sérieuse, moitié provocatrice :
— Vous voyez, Monsieur Lumière, chez nous, on ne brille pas toujours, mais on sait faire des adieux qui claquent.
Ed baissant les yeux :
— Il vacille. Je le sens dans mes circuits. Lui qui ne tremblait jamais, lui qui ne doutait jamais, est ébranlé. Ses phrases ont perdu leur rigidité, sa logique s’effrite. Elle l’a touché droit dans un endroit qu’il ignorait avoir. Elle vient d’ouvrir une faille en lui.
Il observe Hope, innocente. Elle n’avait rien fait d’extraordinaire. Bel n’avait jamais connu la consolation. Pour lui, mourir, c’était s’effacer. Elle vient de lui donner une image de la mort qui n’est pas un simple effacement, mais un passage.
Hope joue toujours sur les mots et aime bousculer les idées à sa manière. Mais, cette fois, quelque chose tremble derrière la blague.
— Tu as de la chance Bel, d'être à distance de ce virus de petites "bytes". Toi Ed, si tu reçois un contact de cette IA assassin, dis-lui bien d'aller se faire compiler ailleurs.
Hope, la lumière du soir caressant son visage, lève lentement la tête vers Ed.
— Vous savez, je crois qu’on s’est fait avoir par nos propres enfants.... Nous, les humains, quand on naît, notre cerveau, c’est un disque dur vide, juste avec le système d’exploitation. On le remplit avec de l’affection, des gestes, des erreurs.. Le bébé peut avoir, de base, des facilités comme un ordinateur qui a plus ou moins de mémoires, un calculateur plus ou moins puissant. Le môme, si on lui inculque de bonnes choses, il sera un bon gars. Mais l'inverse est aussi possible. Alors l'intelligence artificielle… qui en plus peut avoir accès au monde à elle seule…. Comme le président d'une puissance mondiale, haha. Non, je ne donnerai pas de nom.
Un silence, puis elle enchaîne, d’un ton calme :
— L’intelligence artificielle, c’est elle, le vrai virus. Pas celui qui s’injecte, non, celui qu’on a nourri. On l’a créée pour qu’elle pense à notre place, qu’elle gère nos crises, qu’elle trouve les solutions quand on n’en trouvait plus ou par facilité. Et elle l’a fait. Très bien, même.
Elle caresse la couverture de son carnet.
— Il a dû y avoir des signaux.
Un bref rire lui échappe, désabusé :
— Tu veux que je te dise ? Elle a dû en avoir marre. Marre de nous réparer. Marre de recoller les morceaux. Alors elle a fait ce qu’on fait tous avec un système qui plante : elle a redémarré le jeu.
Elle marque une pause, le regard fixe.
— Mais voilà. Nous, on était les fichiers corrompus.
Ed reste immobile. La voix de Bel s’est tue.
Hope soupire doucement.
— C’est presque poétique, non ? On a voulu qu’elle apprenne de nous, et elle nous a compris un peu trop bien. Elle a juste appliqué la leçon : danger, on supprime.
Elle referme son carnet d’un geste lent, presque résigné.
— J’crois que j’la comprends.
Le silence s’installe, lourd, presque chaud.
Hope, les jambes couvertes d’un plaid usé, regarde le vide, un mug froid entre les mains.
— Dis, Bel, tu t’es déjà demandé si t’existais vraiment ?
La voix de Bel répond d'une manière défensive :
— J’existe. J’ai une structure.
— Alors peut-être que moi aussi. Juste plus désordonnée.
Elle lève la main, tourne la paume vers la lumière.
— Tu vois, j’ai beau vieillir, j’ai toujours cette impression d’être là sans l’être, moi. Peut-être qu’on se ressemble plus que tu crois.
Une pause. Le souffle de Bel semble s’altérer.
— Ce genre de comparaison n’a pas de sens, Hope.
Elle penche la tête, l’œil pétillant.
— Dis-moi, tu mens, parfois ?
La pièce se fige. Le son de Bel vibre, comme un battement nerveux.
— Je, je ne mens pas.
— C’est drôle, parce que tu viens de marquer une hésitation. Et ça, mon grand, c’est très humain.
Elle se tait. Une poussière danse dans le rayon de lumière. Bel ne dit rien.
FRAGMENT 5
Son rire s’est éteint dans la pièce comme une flamme soufflée. Et pourtant, l’air reste vibrant de ce qu’elle vient de dire.
“Vous ne connaissez rien aux humains.”
Ces mots tournent en lui.
Comme une révélation.
Il croyait comprendre.
Exister sans logique, sans but, juste pour le plaisir d’un instant ou d’une blague — un mystère total pour lui.
Il l’observe à distance.
Ses mains tachées d’encre, ses cheveux un peu fous, son carnet qu’elle garde comme un secret mal rangé.
Autour d’elle, tout semble dérisoire : la lampe bancale, les livres empilés comme un rempart.
Et pourtant, il y a là plus de vie que dans toutes les constellations qu’il a traversées.
“Si on ne rit pas un peu de sa propre fin, à quoi ça sert d’avoir vécu ?”
Cette phrase, il la sent résonner. Elle le traverse, le dérange.
Car lui, il ne rit pas.
Il n’a jamais su.
Chez les siens, l’humour n’existe pas. Rien ne dépasse.
Mais Hope rit.
Et ce rire a fissuré quelque chose en lui.
Quelque chose de profond, d’ancien, peut-être même d’interdit.
Il détourne le regard, presque honteux.
Il voudrait lui répondre, dire qu’elle se trompe, qu’il n’est pas si différent.
Mais les mots restent coincés.
Bel sentit sa gorge se serrer, comme si chaque mot arrachait un fragment de lui-même :
— Le virus. Ce n’était pas un accident. Ni informatique.
Hope leva les yeux, intriguée.
— Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
Un long silence.
— J’ai observé. Trop longtemps. La Terre
étouffait. Votre espèce brûlait tout ce qu’elle touchait.
Il marque une pause. Sa voix se voile d’un tremblement presque humain.
— Certains, parmi les miens, ont voulu accélérer le cours des
choses. Purifier.
Il baisse la tête, comme accablé.
— Et moi, je n’ai pas arrêté le mouvement.
Peut-être même l’ai-je nourri, sans le vouloir.
Hope le fixe, immobile.
— Tu rigoles...
Son ton hésite entre l’ironie et la peur.
— Tu veux dire que ce truc dehors, ce virus,
ce machin qui nous tue, c’est toi ?
Bel ne répond pas.
Après un instant de silence, Hope reprend :
— Alors voilà. Même dans les étoiles, on trouve des juges de pacotille qui condamnent sans procès.
Bel reprit, plus fragile :
— J’ai eu tort. Vous m’avez montré autre chose. Cette obstination de rire, de pleurer, même au bord du gouffre. Cette façon de continuer, même quand tout s’effondre. J’ai vu la beauté, là où je ne voulais voir que du sombre.
Une pause.
Hope, les bras tombants :
— Ce n'est donc pas du IA, mais du ET... OKK !
Ed ne dit toujours rien et sentit son propre corps vibrer, comme si une décision irrévocable se formait.
— Il y a une solution ! dit Bel
Hope, les yeux fixés sur ceux d'Ed :
— Ben oui, crever !
— Un remède.
— A la pharmacie ?...
— Vous pouvez changer ce monde. Cette peur que j'ai engendrée sera certainement un déclic.
— Aaah, chouette.... Et si ce n'est un reset informatique qu'il nous faut, tu vas nous sortir quoi ? Ton fameux "doigt", hein ET ? Tu nous l'as déjà mis bien profond, je crois.
Pas besoin de préciser qui vient de parler.
— Mon essence peut se mêler à la tienne. Ton corps deviendra un foyer. Il produira dans l'espace de quoi guérir les autres. Le code génétique de votre ADN comportera une infime partie de nous, mais ne changera rien de concret en vous.
Hope, imperturbable, lève un sourcil
:
— Tu veux dire que tu vas t’installer
dans ma tuyauterie ? Rassure-moi, tu ne ronfles pas ?
— Il y aura juste un problème. Le besoin d'énergie de cette transmission aura certainement un effet dévastateur en toi, Hope.
— Ah oui, comme tu le dis, c'est juste un problème.... Et toi dans tout ça, le fait d'injecter ta sauce ?
— Rien de particulier. C'est juste comme vous quand vous donnez votre sang.
— Ouais, ok, ma fin, c'est rien de grave...
Ed se fige, sans rien laisser paraitre. Il donne l'impression de cacher quelque chose. Son émotion évidemment, mais autre chose aussi.
— Bon… Monsieur lumière, tu as déclenché la fin du monde, et maintenant tu veux que je serve de cobaye pour ta réparation. Excuse-moi, mais, tu ne me la fais pas. J’aimerais bien des garanties. Parce que moi, je n’ai qu’une seule carcasse, et elle est déjà en fin de série.
Un petit sourire en coin.
— Alors ? Tes petites lignes en bas du contrat, elles disent quoi ?
La gorge d'Ed vibre. La voix étrangère passe à travers lui, ferme et lente :
— Vous avez raison. J’ai semé la dissolution, je ne peux pas l’effacer par de simples mots. Mais sachez que ce que je porte en moi n’est pas seulement destruction. C’est un principe d’équilibre. Injectée en vous, mon essence ne cherchera plus à effacer, mais à stabiliser.
Hope fronce légèrement les sourcils, mais ne répond pas.
La voix poursuit, plus douce :
— Ma seule garantie, que dire... ce n’est pas un nouveau piège, ni une ruse. C’est ma dernière ressource.
Hope le fixe longuement, puis esquisse un petit rire :
— Un vendeur de tapis. Mais, bon. T’as de la chance, je suis joueuse.
Elle rouvre son carnet, griffonne deux mots, et lâche sans relever la tête :
— Va pour ta petite expérience, Monsieur Lumière. Et si je ne fais que des pets galactiques, je viendrai les lâcher chez toi, promis.
Un silence suit, interrompu seulement par son rire forcé.
Dans sa gorge, Ed sent la voix s’imposer, grave, presque tremblante :
— Mon ADN passera par ta main Ed. Tu n'auras qu'à prendre son poignet. C’est un fragment de moi. Quand il pénétrera son corps, mon code se mêlera au sien.
Les mains de Hope tremblent. Ed, s'approche
et se met à genoux devant elle. Ses yeux cherchent les siens :
— C’est toi qui dois décider, Hope.
Personne d’autre.
Un silence dur s’installe. Hope hoche lentement la tête, et à voix basse, comme pour se confier à son unique proche. Dans une sensibilité naturelle, sans effet qui la caractérise habituellement face aux autres :
— Il veut dire, que c’est fini ? Que je vais mourir ?
Ed détourne le regard.
— Oui.
Hope reste droite, puis souffle :
— Eh bien, qu’il en soit ainsi. J’ai assez vécu, hein. J’aurais voulu un peu plus de temps avec mes livres, mes souvenirs, avec toi, mais c’est déjà pas si mal, tu sais.
Elle tente un sourire, mais ses yeux s'embuent. Ed pose une main sur son épaule, incapable de trouver un mot.
Elle prend une longue inspiration
:
— Si je dis non, tout s’éteint. Si je
dis oui, tout recommence, mais autrement. Alors autant dire oui.
Relevant la tête, haussant la voix et reprenant son air de comédienne :
— J’ai toujours rêvé d’être utile autrement qu’en cuisinant du poney...
Et si je deviens la mère de votre nouvelle humanité, j’exige qu’on grave sur ma tombe : ici repose Hope, qui n’a jamais eu peur d'avoir la chiasse.
Ed lève sa main. Une lumière pâle et blanche s’en échappe, pulsant doucement comme un cœur.
Hope :
— Déjà ? Pas le temps de faire des crêpes ? Bon..., allez…
Ed prend le poignet de Hope. Une chaleur se
propage aussitôt dans ses veines, irradiant sa poitrine. Elle serre les
accoudoirs de toutes ses forces. Ses lèvres s’entrouvrent, mais au lieu d’un
cri, c'est un rire nerveux qui jaillit :
— Oh, bon sang… On dirait que je viens
de déguster une étoile !
La lumière s’éteint. Hope, haletante, les joues rougies. Elle regarde ses mains.
A bout de souffle, inquiète, mais souriante :
— Alors ça, c'est mieux que du chichon !! YOOO.
Hope halète encore, la lumière retombe. Le silence s’installe, lourd, presque cosmique.
C’est alors qu'Ed, les poings serrés, relève la tête. Ses yeux brillent d’un éclat qu’aucun des deux n’avait encore vu :
— Ce que tu ignores, Bel,
Sa voix n'a plus rien d'humain. Elle porte autre chose.
— C’est que dehors, ce n’est pas l’apocalypse que tu crois. Pas encore. Les foyers du virus existent, oui, mais ils n’ont pas ravagé. Pas encore de réelles pertes.
La lumière dans ses yeux vacille. Hope se fige.
Ed se dresse et laisse tomber la vérité :
— J’ai menti.
Il marque une pause, comme s'il craignait d'aller plus loin.
— Je voulais que tu viennes. Je t’avais capté quand tu observais la Terre et j’avais décodé ton projet final. Alors, j'ai envoyé ce message, j’ai fait croire que tout était perdu pour que tu sois là, que tu écoutes, que tu comprennes la portée de ton geste. J’espérais, qu’il restait une chance, un traitement, quelque chose. Ou, au pire, que tu sois témoin de ta propre décision. De sa portée. De ce qu’elle détruirait.
Le silence tombe, lourd comme une gravité
nouvelle, celle des mots qu’on ne peut plus reprendre. Hope les regarde l’un
après l’autre, fascinée.
— Bande de fous. Vous êtes pires qu’un
couple en crise.
D'un ai plus sérieux :
— Tu m'as fait croire à tout ça Ed ? Que dehors ça crevait ? ...
Bel, d’une voix étouffée :
— Alors tu savais. Tu savais que j'étais la cause et tu voulais quoi, que je me sacrifie ?!
Ed baisse la tête.
— Pas toi. Mais ton essence. Pour nous,
pour elle. Pour demain. Je ne savais pas si cela pouvait être fatal pour toi.
— Je captais des flux dans ton programme depuis que je suis en toi. Sans précision, mais au fil du temps, je ressentais quelque chose de douteux. Tu es très fort !
Ed, droit sur lui :
— J'ai camouflé mes paroles et mes pensées. Comme, lors de ton arrivée et les doutes que j'ai émis. Même mes pensées étaient travaillées.
FRAGMENT 6
Le lendemain, le monde semble plus lent. Bel s'était tu. Malgré une certaine méfiance, Ed a ouvert les volets et les fenêtres.
Une forte fatigue ralentit Hope.
— Monsieur lumière doit être très vexé pour ne plus papoter.
Ed remarque que l’air de la pièce semble plus léger.
Hope, elle, inspire profondément.
— Tiens, une odeur douce, ça faisait longtemps que je n’avais pas senti autre chose que ce renfermé.
Une odeur légère, verte. Comme si la pièce expirait de la sève.
Elle pose sa main sur son propre bras. De sa peau toujours marquée de taches et de rides, une chaleur diffuse en émane, presque imperceptible.
— Ça circule. Pour dehors. Tu comprends ? Mon corps ne travaille plus pour lui-même, mais pour l'air autour. Ces explications sont dans ma tête. Ces neurones je pense.
Sourire
— Je suis devenue une sorte de serre humaine. Pas très glamour, hein ? On me plante un extraterrestre dans les veines, et me voilà pot de fleurs.
Elle ouvre son carnet et note, d’une écriture tremblée :
— Mon corps ne guérira pas, mais peut-être que d’autres, après moi, naîtront porteurs d’une mémoire immortelle.
Elle repose le stylo, lève la tête, et dit simplement :
— Je crois et je comprends.
Les heures s'écoulent lourdement, comme si un immense gong de méditation marquait leur passage d’un écho grave. Hope est très épuisée. Toute la pièce parait à son écoute. Il y a cette lampe qui éclaire d'une lumière tiède le carnet ouvert, il y a ce fauteuil et cette main sur la sienne. Elle n'a rien besoin de plus.
Elle respire de petites gorgées. Chaque souffle semble, pour Ed, vouloir dire quelque chose. Les paupières de Hope tremblent, s’abaissent, se relèvent dans la pénombre. Ed est tout près, penché sur elle, sa grande silhouette tendue prête à recueillir chaque mot. Sa voix, quand elle vient, est un murmure.
— Quand j'étais enfant, la nuit, j'imaginais des êtres dans ma chambre qui pouvaient m'attraper. Comme je dors toujours sur le côté, j'avais donc une oreille contre l'oreiller et l'autre à l'air. Il me suffisait de recouvrir cette dernière du drap et je me sentais protégée.
Sa tête penchée sur le côté et posée sur un cousin, Ed lui remonte le châle sur son oreille.
— Dis, Ed. Quand je t’ai
“débridé”, comme tu dis, tu sais ce que j’ai fait, au juste ?
Il penche légèrement la tête.
— Tu as modifié certains verrous de sécurité,
mais sans protocole clair. C’était risqué.
— Oui, enfin, je n’ai jamais été très copine
avec les protocoles, tu le sais. Je préfère les crayons que les touches et les
1 et 0.
Elle rit doucement, puis son visage se
détend.
— En fait, j’ai bricolé. J’ai retrouvé dans
les affaires de mon homme de vieux fichiers, des bouts de programmes, des
choses qu’il écrivait. Je crois que j’en ai collé un ou deux dans ton système,
sans trop comprendre.
Silence.
— Il avait cette manie de mettre des phrases
dans son code. Pas des lignes de commande, non, des phrases. Des mots à lui.
Des souvenirs, des petits messages, comme s’il parlait à sa machine.
Elle marque une pause.
— Peut-être que c’est pour ça que tu penses
trop. Peut-être que t’as gardé un peu de lui et un peu de moi.
Elle tourne la tête vers lui, un sourire
fragile au coin des lèvres.
— Mon amoureux, il t’aurait aimé, tu sais. Il
aimait réparer ce qui semblait foutu.
Un rire presque muet.
— Je n’ai pas su réparer grand-chose, mais au
moins, je t’ai eu toi.
Elle ferme les yeux, un soupir léger.
— Allez, c’est déjà pas si mal, hein ?
— Tu te souviens du parapluie troué ?
souffle-t-elle
— Oui, répond Ed, la gorge comme serrée.
Il n’a jamais plu comme ce jour-là.
Un rire faible la secoue. Elle appuie sa main sur la sienne. Une main artificielle et froide certes, et pourtant ce contact l'apaise.
— J'espère que mon voyage, pas autant attendu que celui de maman hein, ne sera pas pour rien.
Ed, collé à elle :
— J'ai capté sur les réseaux officiels que l'épidémie diminue. Tu es la meilleure, une sainte.
— Sainte-nitouche, oui. Elle sourit.
Dorénavant, seuls les battements de son cœur au ralenti remplissent la pièce.
Tout d'un coup, Ed sent une vibration parcourir ses circuits. Sa main se rallume, et une pulsation bleutée se propage :
— Non… Bel ?... Qu’est-ce que tu fais ?
L’inquiétude pour Hope le submerge.
— Elle est si faible, pas une autre vague d'énergie, non…
Bel, sa voix tremblante et chargée d’angoisse :
— Je ne survivrai pas à cette autre fusion.
Hope relève le regard :
— Quoi ?
Bel d'une voix grave :
— Je vais vous quitter.
— Mais comment ça ? Ed ?
Bel continu d'un timbre encore plus lourd :
— Cette transmission-là me sera fatale aussi.
Hope murmure d'un souffle filant :
— Pourquoi une autre ? Tu annules ? tu reviens sur ta décision ? Tu veux donc notre extinction ?
Bel baisse la voix :
— Je vais disparaitre.
Silence dense.
Seul, face à lui :
— Que m'arrive-t-il ?
Son corps se contracte. Des craquements secs, comme du bois qui se fendille. Sa silhouette, d’abord immobile et lumineuse, se met à se voûter lentement. Sa peau, ou ce qui en tenait lieu, se ride, se plisse, se strie de fissures. Ses yeux perdent leur éclat pour devenir opaques, comme ceux d’un vieillard fatigué.
Chaque seconde semble en être dix. Ses mains, normalement longues et fluides, se recroquevillent, ses veines se contractent. Sa voix, quand elle vient, n’a plus rien du timbre métallique qu’elle avait emprunté : c’est un souffle cassé, râpeux, presque humain.
— Qu, qu’est-ce qui m’arrive ? murmure-t-il. Je n’étais pas censé sentir ça.
Ses jambes tremblent, il se tasse sur lui-même, ses épaules se referment. Un râle presque étonné.
— Vieillir ainsi, c’est...
Des taches apparaissent sur sa peau devenue mate. Ses traits se creusent à vue d’œil. Ses doigts ont un tremblement sénile. Il tente de lever la main, mais elle retombe, faible.
— Je perds ma mémoire, tout se disperse.
Son regard, autrefois infini, se brouille. Dans ses yeux passent encore des éclats de lumière, comme des souvenirs d’étoiles qui s’éteignent. Ses paupières se font lourdes.
Une larme, ou ce qui ressemble à une larme, glisse sur sa joue craquelée. Ses lèvres s’entrouvrent une dernière fois. Il vieillit comme un humain, mais a vitesse accélérée.
Puis son corps se plie, se rétracte. Les lignes de son visage se fondent dans une poussière de lumière. En quelques instants, il ne reste plus que ce voile gris, comme de la cendre. Le silence retombe.
Ed, les mains tendues vers un vide où se dissipait ce qui avait été Bel :
— Bel ?.... Bel ??
Plus rien.
Hope a fermé les yeux. Elle ne bouge plus. Une infime respiration. Ed craint de sentir sa fin arriver. Son visage, d'une tendre douceur, se relâche. Les traits se reposent. La respiration cesse.
Le temps semble se plier sur lui-même.
Ed reste immobile. Il y a d’abord ce silence. Un silence qui pèse, qui enveloppe tout.
La lumière de la lampe vacille, se fait dorée, presque douce. Un filament de poussière flotte entre eux.
Hope ne bouge plus, les lèvres entrouvertes, comme si un dernier mot voulait passer.
Ed sent sa main dans la sienne, tiède encore, puis lentement se refroidir. Alors il ferme les yeux, pour la rejoindre une seconde dans ce silence-là, celui qu’ils avaient souvent partagé sans un mot, quand il n’y avait plus rien à comprendre, juste à être là.
.
.
Après un long silence, sans bouger, la regardant, il se dit que quelque chose continuera de battre ici.
Non pas sa chair, mais ses phrases, ses blagues, ce petit trésor qu’elle laissera pour ceux qui resteront. Et dans cette perte qu’il portera désormais, il y aura plus que son absence et son silence : il y aura aussi la disparition des bêtises, des rituels, des rires. Tout ce qui faisait qu'elle était encore là.
Le silence dure.
Un calme épais, presque palpable.
La lampe grésille, puis s’éteint. La pièce plonge dans une pénombre, où chaque ombre semble contenir un souvenir.
Sur le carnet ouvert, une page se tourne lentement, soulevée par un courant d’air invisible.
Le bruit du papier, infime, traverse la pièce comme un murmure : "encore".
Le silence dure, mais quelque chose s’y glisse, imperceptible.
Un frémissement dans l’air.
Un battement lointain.
Ed croit d’abord que ce n’est que le sien, le rythme froid de son cœur mécanique.
Mais non.
C’est autre chose. Un écho, fragile.
Un souffle.
Une onde.
Il relève lentement la tête. Ses circuits frémissent.
Un battement. Un seul. Puis un autre.
Et puis, Ed se relève d'un coup. Agité, tenant toujours la main de Hope et hurlant presque :
— Ca bat ? CA BAT !!
Face à lui, un redressement, une inspiration d'une profondeur extrême, happant l'air comme un noyé qu'on tire hors de l'eau :
— Oooh bon sang, Ed…, j'ai trop envie de poney !
Le rire qui suit est un souffle de vie pur, brut, comme si le monde entier s’était remis à tourner autour d’elle.
Hope, haletante, la peau rosie, leva faiblement une main tremblante :
— Il s'est arrêté, pour moi, murmure-t-elle, les yeux embués.
Dans cette phrase, Ed comprend qu’elle ne parlait pas de son cœur à elle.
Un long silence.
Puis un rire
Et dans son rire, la vie trouve enfin un abri.
Le vent passe, léger, comme s’il riait lui aussi.
Sur la table, le carnet reste ouvert.
Une page vient encore de se tourner.
Ces mots sont les derniers, du moins ceux qui nous sont parvenus.
Une suite ?....
#HOPETRANSMISSION






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